Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

Les orages, une menace pour la couche d’ozone ?

pict_441061.jpgLes changements climatiques affecteraient-ils la couche d’ozone? Jusqu’à présent, le fameux "trou" observé aux pôles était attribué à l’utilisation des chlorofluorocarbones (CFC), ces gaz issus notamment des aérosols et des systèmes de réfrigération. En 1987, le protocole de Montréal imposait la suppression de l’utilisation des CFC. Avec succès. En 2009, 196 pays avaient ratifié cet accord de protection de la couche d’ozone. Mais voilà que des scientifiques de l’Université d’Harvard aux Etats-Unis croient avoir découvert une autre menace pour cette couche protectrice anti-UV : l’intensification des gros orages.

L’équipe d’Harvard, dirigée par James Anderson, estime que les orages extrêmes, tels qu’ils se sont produits au printemps dans le Midwest américain, propulsent de la vapeur d’eau à une altitude anormalement élevée dans la stratosphère, qui est à l’origine plus sèche qu’un désert. En temps normal, les gouttelettes sont interceptées au niveau de la tropopause, à la limite inférieure de la stratosphère, à une altitude de 14 kilomètres maximum, formant des nuages en forme d’enclume. En pénétrant plus haut dans la stratosphère, à 15 ou 20 kilomètres du sol, l’eau du tonnerre provoquerait une réaction chimique avec les résidus de gaz -les CFC- qui s’y trouvent bloqués, posant un risque pour la couche d’ozone.

Les résultats de cette étude, publiée dans la revue Science le 27 juillet dernier, ont pris ses auteurs et le monde scientifique par surprise. "C’est vraiment l’union entre la disparition de la couche d’ozone et le climat qui est au cœur de tout cela. Je ne l’aurais jamais suspecté", s’est étonné James Anderson, le spécialiste de la chimie de l’atmosphère qui signe cette recherche.

Cette analyse, financée par la NASA, reste néanmoins largement théorique à ce stade. L’équipe d’Harvard s’est basée sur des études préexistantes et des expérimentations en laboratoire pour tirer ses conclusions. Les mécanismes observés doivent encore être confirmés par des analyses "in situ" dans la stratosphère et au niveau de la couche d’ozone.

L’étude repose en réalité sur deux hypothèses, fait remarquer David Robinson, expert du climat à l’Université de Rutgers dans le New Jersey. "La première est que s’il y a plus d’eau dans la stratosphère, en se mélangeant avec les CFC qui s’y trouvent toujours, il en résulterait une perte de l’ozone plus seulement au niveau des pôles, où elle a été observée, mais dans les latitudes moyennes et basses, où plus de gens vivent et seraient donc exposés à plus de risques pour leur santé. La deuxième hypothèse est que le changement climatique induit une aggravation du phénomène des orages, ce qui n’a pas encore été démontré."

Le Groupe international d’experts sur l’évolution du climat (Giec) avait, lui, validé cette hypothèse dès 2007, indiquant que "l’un des changements climatiques les plus importants est l’augmentation observée des événements extrêmes : canicules, orages et inondations".

Une chose est certaine, poursuit David Robinson : "Tout est lié. On ne peut pas intervenir sur une partie du système sans provoquer une réaction ailleurs. Cette étude démontre que si l’activité humaine continue d’influencer le climat, on pourrait observer des ramifications auxquelles nous n’avions pas pensé avant."

Les conséquences du mitage de la couche d’ozone sont bien connues : cancers cutanés, cataractes, mutations génétiques, accélération du déclin des amphibiens et de certaines espèces de poissons, réduction de la productivité végétale (blé, soja, maïs ), cite notamment le Journal de l’environnement.

Malgré la réussite du protocole de Montréal, James Anderson tire donc à nouveau la sonnette d’alarme. "Le monde se dit : "oh, nous avons contrôlé la source des CFC : nous pouvons passer à autre chose". Mais la destruction de l’ozone est bien plus sensible à la vapeur d’eau et à la température." Le dossier n’est pas clos !

Stéphanie Fonteno, Correspondante aux États-Unis

Les commentaires sont fermés.