Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

Faut-il craindre l'astéroïde Apophis ?

astéroïde,apophis,belgique,risque,danger

L'astéroide Apophis 99942 est passé à quelques 15 millions de kilomètres de la Terre ce 9 janvier. Un dernier passage avant qu'il ne nous frôle en 2029. Pour les astronomes ce fut l'occasion de prendre quelques informations sur ce gros caillou qui pourrait heurter la Terre en 2036. Le blog L'Espace des Sciences a interrogé Michael de Becker du département d'Astrophysique de l'ULg.

L'échelle de Turin  catégorise les risques d'impact d'astéroides avec notre planète. A l'heure actuelle, des astéroïdes sont-ils à un niveau non nul ?

Actuellement, un astéroïde (2007 vk184) est au niveau 1 de Turin mais il n'y a pas de quoi s'inquiéter. Si les risques se concrétisaient, ils se situeraient entre 2046 et 2057, ce qui montre bien que le réseau actuel est capable de prévenir ce genre de menace plusieurs décennies à l'avance.

Quel est le niveau le plus élevé atteint par un géocroiseur ?

L’astéroïde Apophis a été un temps au niveau 4. Il est depuis redescendu au niveau 0.

Tout risque a été écarté pour 2029 mais le niveau pourrait-il être rehaussé pour son second passage en 2036 ?

Il faut savoir que le fait de passer à proximité de la Terre va perturber la trajectoire d'Apophis. Donc l'évaluation d'un impact en 2036 ne pourra être affinée qu'après son passage de 2029 ou peut-être un peu avant.

Des calculs ont montré que selon le passage exact d'Apophis à proximité de la Terre, il existe ce que dans le jargon on appelle un « trou de serrure spatial », c'est-à-dire un tout petit trou d'une centaine de kilomètres (petit à l'échelle astronomique) dans lequel pourrait passer la trajectoire du géocroiseur. Si Apophis venait à s'y glisser, il existerait en effet un risque non négligeable en 2036.

A quelle fréquence un astéroïde de la taille d'Apophis, soit 250 mètres environ, tombe-t-il sur la Terre ?

Ce sont des événements rares pour une raison simple : les astéroïdes de taille non négligeable comme Apophis, voire plus grands, sont nettement moins nombreux que ceux de plus petites tailles. Il y a donc peu de candidats à l'impact. A ma connaissance, le dernier astéroïde d'importance a être tombé sur Terre faisait de l'ordre de 50 mètres de diamètre (Tunguska, 1908 ).

Si on regarde a de très longues échéances, une bonne partie de la communauté scientifique est d'accord pour dire qu'un impact avec un astéroïde de taille respectable comme Apophis arrivera. Mais ce sera peut-être dans 1000 ans ou 10.000 ans, c'est difficile à dire. La prévision à très longue échéance est impossible.

Imaginons qu'un astéroïde nous menace, peut-être Apophis en 2036. Aujourd'hui, serions-nous prêts à faire face ?

Même si on ne peut pas chiffrer la probabilité d'un impact d'une manière précise, c'est une menace concrète. La communauté scientifique étudie donc la question et de sérieuses solutions sont à l'étude. On peut les décliner en 3 volets : 

·         La destruction

Elle est d'emblée écartée parce que la seule source de destruction dont on dispose à l'heure actuelle est la bombe nucléaire. Pour faire exploser un astéroïde il faut une charge colossale. Si jamais il y a un problème dans le lancement et que ça explose dans l'atmosphère...  Et même si nous parvenions à faire exploser une partie de l’astéroïde, il y a un risque énorme qu'il soit fragmenté créant une multiplication d'impacts.

Parmi les solutions les plus sérieuses il y a donc... 

·         La déviation

Influencer la trajectoire pour qu'elle n'intersecte plus l'orbite terrestre. 

·         Le retard/Délai

Il s'agit ici, comme son nom l'indique, de ralentir l’astéroïde afin qu'il croise l'orbite terrestre une fois que la Terre est déjà passée.

La mise en œuvre de ce genre de solutions (à partir de la conception, du lancement et le voyage jusqu'à l’astéroïde, et déploiement de la solution et son action à long terme) peut prendre une trentaine d'années. Donc il faut bien se rendre compte que les solutions les plus douces doivent être mises en œuvre suffisamment tôt.

Au vu des nombreux objets qui croisent l'orbite terrestre, les moyens mis en œuvre pour surveiller les géocroiseurs et se préserver d'un impact sont-ils, selon vous, suffisants ?

Le réseau de surveillance du ciel est très dense, redondant et de plus en plus performant mais, surtout, il y a une communication qui tend à s’accroître entre les différentes instances qui se chargent de la surveillance. Donc au niveau de la prévention, les astéroïdes pouvant se révéler dangereux ont de fortes chances d'être recensés de manière complète. Par contre, plus on va dans les petites tailles, moins le recensement est complet.

Leslie Berdelou

 (Crédit photo: ESA)

Les commentaires sont fermés.