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Quels sont les différents groupes djihadistes au Mali ?

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Trois conflits se superposent dans la crise malienne, ce qui en complique la solution.

1. L’occupation djihadiste

Le conflit le plus apparent est l’occupation du Nord-Mali par des groupes djihadistes (de "djihad" , guerre sainte), qui veulent imposer par la force leur version intégriste de la charia. Ils sont trois : Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), issu du Groupe salafiste pour la prédication et le combat, algérien, apparemment le mieux équipé. Le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), dissidence essentiellement mauritanienne du précédent, très impliquée dans le trafic de drogue. Ansar Dine ("défenseur de la foi"), groupe malien dépendant logistiquement d’Aqmi et formé par des ressortissants du clan touareg des Iforas, suzerains traditionnels de Kidal (capitale provinciale la plus au nord du Mali) écartés du pouvoir dans cette région par Bamako au profit d’un clan touareg vassal et qui prend ainsi sa revanche dans la guerre "sainte" ; son chef, Iyad Ag Ghali, de la caste noble des guerriers, est un ancien militaire et un ancien chef de rébellion touarègue autonomiste et laïque des années 90.

Ces trois groupes se sont adjoint des "internationalistes" djihadistes d’autres pays d’Afrique, d’Asie et d’Europe. Ils bénéficient de la formation et de l’armement libyens acquis par une partie d’entre eux dans la "Légion islamique " de Kadhafi. Les deux premiers groupes ont pratiqué le rapt contre rançon comme moyen de financement.

C’est à cause d’eux que la France est entrée en guerre au Mali.

2. La revendication autonomiste des Touaregs

Ces groupes islamistes ont conquis le Nord-Mali, de janvier à mars 2012, grâce à l’appui du Mouvement national de libération de l’Azawad (nom touareg du Nord-Mali), le MNLA, un groupe indépendantiste et laïc, ensuite évincé par ses alliés islamistes. Le MNLA a annoncé lundi qu’il proposait à la France ses services contre ces derniers.

Cette revendication indépendantiste/autonomiste (le MNLA avait, ces derniers mois, diminué ses prétentions en la matière au rythme de ses défaites contre les islamistes) repose partiellement sur un irrédentisme touareg, qui supporte mal d’être soumis au pouvoir d’un Etat que la colonisation a légué aux descendants des anciens captifs noirs des "hommes bleus". Et partiellement à une évidente discrimination des fonctionnaires et militaires noirs maliens envers leurs compatriotes touaregs, dont ils craignent, jusqu’à aujourd’hui, l’audace et les succès guerriers.

C’est pour ce conflit-là que le Burkina Faso a tenté une médiation entre Ansar Dine, le MNLA et Bamako. Ces négociations sont aujourd’hui abandonnées.

3. Un conflit racial latent

La colonisation française est apparue à plusieurs ethnies noires comme un moyen d’échapper à la pression guerrière touarègue. Il en reste un fond de méfiance, qui s’est traduit, sous la dictature Moussa Traore (1963-1992), par la transformation de l’Azawad en prison à ciel ouvert, gouvernée par un militaire et sans eau ni courant.

Cette méfiance a grossi en hostilité ouverte des noirs contre les "hommes bleus" - avec milices anti-Touaregs et pogroms à la clé - à chacune des rébellions touarègues qui, depuis les années 90, exigèrent le développement de leur région. Une explosion de cette hostilité est maintenant redoutée en représailles contre les exactions de la guerre, d’autant qu’aucun des chefs islamistes n’est noir depuis la défection du seul d’entre eux, un Nigérien, et que l’oppression des djihadistes sur les Nord-Maliens aura été celle de blancs.

Marie-France Cros

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