Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

Le troll sur internet: Qui est-il? Que risque-t-il?

troll,définition,risques,loi,pénal,juridique
Photo: Reporters

Véritables appâts pour les internautes, les trolls (trolling = en pêche, une ligne munie d'hameçons) enveniment les discussions sur les forums. Si la plupart d'entre eux ne sont pas bien méchants, d'autres réussissent à imposer leurs idées, allant jusqu'à dénaturer le caractère de l'information. Ils sont capables de détourner insidieusement un sujet pour générer des conflits.

Certains incitent même à la haine, au racisme et provoquent les autres participants. Souvent, les discussions atteignent le point Godwin. Le troll connaît parfaitement le fonctionnement d'internet et la manière de travailler des modérateurs. Manipuler et provoquer n'est donc plus qu'un jeu d'enfant.

De nombreux internautes confondent donc la liberté d'expression avec la provocation gratuite. Début octobre au Royaume-Uni, le jeune Matthew Woods (19 ans) a été condamné à trois mois de prison pour avoir posté sur Facebook des blagues de mauvais goût au sujet d'une fillette disparue. Un autre « troll » a écopé de travaux d'intérêt général pour avoir écrit sur le même réseau social: « tous les soldats doivent mourir et aller en enfer ».

Et chez nous en Belgique, que risquent les trolls? Si les modérateurs se doivent de rester extrêmement vigilants, les internautes ont également un rôle à jouer pour dénoncer et éviter de nourrir le troll. Entretien avec Édouard Delruelle, directeur-adjoint du Centre pour l'Egalité des Chances.

Edouard Delruelle, en Belgique, existe-t-il une loi qui permet de condamner les trolls trop agressifs?

Il y a un principe qui est très simple. C'est que toutes les lois contre l'incitation à la haine, à la violence, à la discrimination et au négationnisme (le domaine de compétence du Centre pour l'Egalité des Chances) sur internet sont les mêmes que pour n'importe quel écrit ou n'importe quel propos qu'on tiendrait en public. Beaucoup de gens croient que, parce qu'on est sur internet et dans un contexte international, on est protégé par le 1er amendement des Etats-Unis et qu'on peut se permettre de tout dire. Et c'est faux. A partir du moment où un propos est diffusé en Belgique, les lois belges s'appliquent, quel que soit le média, y compris Facebook. Elles interdisent évidemment l'incitation à la haine, à la violence et à la discrimination.

Que risquent-ils?

Cela peut aller jusqu'à des peines de prison ou/et des amendes dans les cas les plus graves. Il y a assez peu de condamnations pour incitation à la haine en Belgique. Chez nous, l'action judiciaire la plus connue est celle à l'encontre du groupe islamiste Sharia4Belgium pour le mini film posté sur YouTube. Mais ces condamnations sont assez rares car la liberté d'expression est protégée dans notre pays.

Les trolls sont parfois extrêmement pervers, ils sont capables de contourner les règles d'un forum pour arriver à leur fin. Alors comment déterminer que tel ou tel propos est condamnable?

Qu'un propos soit grave ou non n'a pas d'importance. Ce que le juge va toujours regarder, c'est quelle est l'intention de la personne. A partir du moment où on peut démontrer que la volonté de la personne est l'incitation à la haine ou à la violence, on peut la condamner, même si le propos peut paraître anodin. La perversité est à double tranchant pour la personne qui l'emploie. Cela lui permet de contourner et d'être efficace, mais si on peut montrer que son but est d'inciter, notamment avec le phénomène d'escalade, on pourra éventuellement la condamner.

Votre stratégie, au Centre pour l'Egalité des Chances, pour lutter contre ce phénomène?

Nous voyons tous les jours des propos sur des blogs, des forums, des groupes Facebook, qui sont contraires à la loi. La plupart du temps, notre stratégie n'est pas de faire des procès, chose compliquée vu le temps que cela prend et le fait qu'il faille retrouver les gens. Nous faisons plutôt en sorte que le message disparaisse. Nous prenons contact avec les modérateurs pour que les propos soient au plus vite supprimés. Aussi, nous incitons les gens à nous contacter pour dénoncer ces contenus inappropriés. On vise donc plutôt l'efficacité. Nous essayons également de responsabiliser à un autre niveau, c'est-à-dire les grands opérateurs de l'internet comme Twitter, Facebook ou YouTube. Par contre, on ne peut pas les forcer puisque ce sont des entreprises étrangères. Pour moi, une des clés à terme, c'est l'identification des internautes. Avec l'adresse IP, on retrouvera plus facilement les gens. Cela permettra de mieux les responsabiliser. Mais tout ceci doit être discuté et encadré puisqu'il est également important de garantir la liberté d'expression.

Propos recueillis par Stéphanie Carion

Les commentaires sont fermés.