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Quels sont les mots tabous pour les gouvernements?

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"Sérieux budgétaire", "redressement dans la justice", "objectif impératif": les gouvernements ont recours à tout le champ lexical pour éviter de parler d'"austérité" ou de "rigueur", mots tabous, mais, confrontés à la réalité, ils font aussi évoluer leur vocabulaire.

RIGUEUR ET AUSTÉRITÉ, LES MOTS INTERDITS

Au pouvoir, toutes les contorsions verbales sont permises pour éviter de prononcer ces termes bannis depuis le "tournant de la rigueur" de la gauche en 1983. On parle d'un "effort sans précédent" ou du "sérieux" budgétaire, vocables auxquels l'actuelle majorité aime à accoler "de gauche". En campagne pour l'Elysée, François Hollande a forgé l'expression "redressement dans la justice". Et une fois au pouvoir, il a présenté un "budget de combat". Ironie du sort: sous la présidence de Nicolas Sarkozy, l'opposition socialiste dénonçait "rigueur" et "austérité" au grand dam du gouvernement de droite de François Fillon. L'alternance a renversé ce front.

Toutefois, face à la réalité, certains dirigeants finissent par dire les choses, au moins de manière détournée. Le président Hollande a ainsi annoncé pour 2013 l'effort "le plus important depuis 30 ans", allusion claire à la "rigueur" de François Mitterrand.

LE DEFICIT À 3%, "FÉTICHISME" OU "INTANGIBLE" ?

Sous pression européenne, la France s'est engagée en 2010 à ramener son déficit public à 3% du produit intérieur brut (PIB) en 2013. Cet objectif a été réaffirmé constamment depuis. "Intangible", martelait l'ex-gouvernement Fillon. "Impératif", lui faisait écho l'actuel exécutif de gauche.

Et puis, petit à petit, la sémantique à évolué. "Intenable", ont d'abord jugé certains ténors de la majorité. Le ministre du Budget Jérôme Cahuzac a aussi infléchi son discours, prédisant un engagement "difficile" à tenir, puis "très difficile", et, enfin, "extraordinairement difficile".

"Nous ne voulons pas faire du fétichisme sur les 3%", clame-t-on désormais à l'Elysée, où l'on défendait pourtant mordicus, il y a encore quelques jours, cette cible chiffrée.

STRUCTUREL OU NOMINAL

Puisque la cible est ratée, la "trajectoire" devient prioritaire. L'objectif, ce n'est plus 3% en 2013, mais 0% en 2017, au terme du quinquennat. Et encore, après avoir mis l'accent pendant des années sur ce chiffre "nominal" gravé dans les traités européens, les commentateurs sont désormais priés de s'intéresser aux engagements "structurels", c'est-à-dire ceux que la France réalise quelle que soit la conjoncture économique.

UN ENJEU DE SOUVERAINETÉ TRÈS PARTAGÉ

A droite comme à gauche, la justification de la rigueur est la même: "cré-di-bi-li-té". "Si nous ne le faisons pas, nous plongeons la France dans une spirale récessive, nous la donnons en pâture aux marchés, nous abandonnons notre souveraineté", lançait le ministre des Finances Pierre Moscovici en septembre. Un message similaire à celui de Nicolas Sarkozy: "La seule façon de nous extraire de la pression des marchés financiers dont on ne veut plus, c'est de rembourser nos dettes".

LE TROMPE-L'OEIL DES HAUSSES D'IMPÔTS

Une fois que la nécessité d'un "effort" est actée, il n'y a pas trente-six solutions: soit on augmente les impôts, soit on fait des économies, soit on combine les deux.

Encore faut-il l'avouer. "Je n'augmenterai jamais les impôts", clamait Nicolas Sarkozy, alors que le coup de rabot aux niches et la multiplication des taxes faisaient bien grimper la pression fiscale. Quant à la gauche, elle assure épargner classes moyennes et populaires, mais la réalité est beaucoup moins à son avantage, avec notamment des hausses de TVA prévues en 2014.

"DÉPENSER MIEUX"... MAIS MOINS

Là aussi, le message transcende les partis: on admet rarement qu'on va couper dans les allocations ou autres aides, mais on promet de "dépenser mieux", ou de "maîtriser la dépense". Et on enrobe tout ça dans des acronymes barbares, RGPP (Révision générale des politiques publiques) sous la droite, MAP (Modernisation de l'action publique) sous la gauche.

RÉFORMES STRUCTURELLES

Connotée libérale, l'expression a d'abord été contournée par le gouvernement, qui promettait des "réformes de structure, à la française", et bien entendu "de gauche". Mais Paris a ensuite dû donner des gages à ses partenaires européens, et cet autre tabou est tombé: les "réformes structurelles" sont désormais une priorité.

AFP

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