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Peut-on forcer les enfants à embrasser leurs grands-parents?

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En Grande-Bretagne, une association vient de lancer un débat qui touche à l'enfance et déchaîne les passions parce qu'il s'attaque au sacro-saint cercle familial. Elle demande, en effet, aux parents de ne plus forcer leurs enfants à embrasser les grands-parents. En Outre-Manche, c'est ce qu'il nomme le "kiss-gate". 

En réalité, tout est parti d'une étude publiée il y a quelques jours. Elle était destinée aux enseignants et réalisée par le Sex Education Forum, une association qui milite en faveur d'une meilleure éducation sexuelle chez les enfants et adolescents. La majorité des ados interrogés avoue n'avoir jamais entendu parler à l'école du principe: "mon corps m'appartient". Selon Lucy Emmerson, coordinatrice de l'association, contraindre son bambin à embrasser un membre de sa famille, c'est justement l'amener à comprendre que tout adulte peut disposer de lui comme il l'entend. Un raisonnement qui suscite une véritable polémique en Grande-Bretagne. Interrogé par lalibre.be, le pédopsychiatre Jean-Yves Hayez, relativise le débat. Pour lui, le dialogue tient une place primordiale dans l'éducation.
 

Cette polémique lancée en Grande-Bretagne à propos du contact physique imposé aux enfants dans la sphère familiale, qu'en pensez-vous?

Cela concerne évidemment l'éducation. Et les enfants étant tout de même porteurs d'une certaine immaturité, il est parfois nécessaire de prendre des mesures plus coercitives et d'imposer certaines choses. Cela ne me dérange donc pas qu'on résonne de cette manière en ce qui concerne la politesse et la courtoisie. Maintenant doit-on imposer des gestes plus clairement affectueux, qui impliquent une certaine tendresse? Là, je pense que non.

Comment les parents doivent-ils agir?

Le dialogue est primordial parce que les enfants et les ados ne se rendent pas immédiatement compte que lorsqu'ils extériorisent une affection qu'ils ressentent, cela fait également plaisir à la personne qui reçoit le signe. Les enfants, qui sont toujours un peu égocentriques, imaginent peut-être que les adultes n'ont pas besoin de leur tendresse. Or, c'est loin d'être vrai. L'adulte aime aussi se sentir reconnu, aimé. C'est donc par le dialogue qu'on peut sensibiliser l'enfant. Mais, je ne lui imposerais jamais des gestes qui sortent de la courtoisie et qui sont plus affectueux. S'ils ne viennent pas de lui, non seulement, ils n'ont aucun poids, mais l'enfant à qui on extorque des signes d'affection se sent alors violenté dans ce qu'il a de plus intime. C'est donc contre-productif. Je pense qu'il faut savoir s'arrêter et ne pas franchir l'étape de l'imposition.

Et concernant des gestes encore plus affectueux, tel que le bisou?

C'est un problème un peu plus particulier. A partir d'un certain âge, une partie des grands enfants et des ados ressentent le « bisou » comme quelque chose de « bébé ». Ce sont les « petits » qui donnent des bisous. Et puis le corps à corps qu'il engendre les dérange également. Ils ressentent une sorte de malaise, comme si on leur prenait de force quelque chose d'intime, tel que le droit de posséder leur corps. Imposer n'est donc pas très malin. Il est important de respecter l'enfant qui se sent grand et qui veut s'assurer qu'il possède son corps. Par contre, j'espère que toute cette polémique restera l'opinion d'une association et que des députés européens ne se mettront pas à plancher dessus comme ils l'ont fait pour la fessée. Le respect de la sphère privée reste essentiel. Tout ceci regarde les familles.

Et que penser donc des grands-parents qui donnent une récompense aux enfants en échange d'un baiser?

Pour moi, on est déjà dans la contrainte. Et ce n'est pas uniquement les punitions, les pleurs, les cris, mais c'est aussi le conditionnement positif. Je ne trouve donc pas cela malin.

Si l'enfant se sent toujours obligé d'apporter des marques d'affection au sein de la famille, acceptera-t-il la même chose pour n'importe quel autre adulte, tel que l'explique cette association britannique?

Ah non, certainement pas. Dans le cercle familial, l'adulte l'obtiendra peut-être parce que l'enfant veut sa « récompense » ou parce qu'il a peur d'une remarque désagréable. Mais, à l'extérieur, il va se rattraper. Il n'adhérera pas à un projet qui n'est pas le sien. Il sera justement plus réservé. Ce sont des domaines bien trop symboliques, trop intimes pour qu'ils ne fassent pas la différence.

Comment apprendre ce qu'est le consentement à un enfant?

C'est une énorme question dans l'éducation. Il faut être clair. Il y a toute une série de gestes ou d'actes pour lesquels on se passe du consentement de l'enfant. On espère que ce n'est pas tyrannique pour autant, que cela a du sens. Mais, l'enfant est prié d'obéir. On peut éventuellement expliquer pourquoi il n'a pas le choix si c'est important. Mais là où c'est du consentement, il ne faut pas revenir par derrière, par de la séduction. Si on pense que l'enfant peut donner son consentement, cela ne doit pas être piégé. Et les adultes sont parfois un peu de trop entre les deux. Si on veut un enfant qui dialogue, qui donne son opinion, il faut être clair avec lui.

STÉPHANIE CARION

Commentaires

  • Non.
    On peut dire bonjour par tout autre moyen.

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