Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

Qu'est-ce que le coma artificiel, quels sont ses risques et ses limites ?

coma.jpg

Plongé dans le coma depuis le 29 décembre suite à un grave accident de ski, le champion F1 Michael Schumacher pourrait en être sorti dans les prochains jours par l'équipe médicale du CHU de Grenoble, selon le magazine allemand Bild. Pour le Dr. Jacques Brotchi – Chef de service honoraire à Erasme, Président d'honneur de la Fédération mondiale des sociétés de neurochirurgie, Professeur émérite et neuro-chirurgien de l'ULB – , le temps qui passe pourrait être fatal au pilote de chez Ferrari. Il nous éclaire sur la technique du coma artificiel, ses risques et ses limites.

Qu'est-ce qu'un coma artificiel? Comment procède-t-on?

"Le coma artificiel protège le cerveau des agressions extérieures. Il préserve les cellules nerveuses, qui ainsi doivent consommer moins d'oxygène, et permet, dans certaines situations critiques, d'éviter les séquelles qui pourrait survenir (...) C'est un peu comme une anesthésie générale, à l'aide de médicaments appropriés."

Quand décide-t-on d'y avoir recours?

"Dans le cas précis d'un traumatisme crânien majeur, il y a toujours des contusions dans le cerveau. Une sorte de bleu, comme ceux que l'on peut avoir sur la peau lorsque l'on se cogne, qui provoquerait un peu d'œdème et donc un gonflement. Le cerveau étant enfermé dans de l'os, à savoir le crâne, un tel gonflement augmente immanquablement la pression dans la boîte crânienne. Il existe d'abord une série de médicaments pour la faire diminuer. On place ensuite une sonde dans le cerveau pour mesurer cette pression, et si elle continue d'augmenter malgré les traitements administrés, les médecins décident de plonger le patient dans un coma barbituriques. Ce fut le cas pour Michael Schumacher."

Pourquoi le coma artificiel était inévitable?

"C'est nécessaire car si la pression intracrânienne égale ou dépasse la pression artérielle, le sang ne peut plus pénétrer dans le crâne, le cerveau n'est plus irrigué et l'on risque par conséquent la mort cérébrale."

Quand décide-t-on d'interrompre le processus?

"Il s'agit de surveiller cette pression pendant un certains nombres de jours, et d'adapter en temps réel la profondeur du coma pour basculer progressivement vers des normales en termes d'oxygénation et d'irrigation du cerveau. Si le niveau de pression diminue et se stabilise, les médecins décident alors de réveiller le patient (...)"

Y a-t-il un seuil critique?

"On peut faire cela pendant une semaine, deux semaines, voire trois semaines mais cela devient long. Évidemment, plus la durée du coma barbituriques est longue, plus les risques pour le malade de ne pas se réveiller sont importants. Cela voudrait dire que le cerveau a souffert et cela n'augure malheureusement pas de très bons pronostics."

Michael Schumacher a-t-il encore des chances de guérison?

"N'ayant pas connaissance du dossier médical, je n'oserai émettre de pronostic. Mais tout ce qui a été mis en œuvre est le traitement top niveau, ultra moderne, ce que l'on fait dans les grands centres dans de telles situations et ce nous aurions fait à l'époque avec mon collègue le Pr. Jean-Louis Vincent, chef du service des soins intensifs à l'hôpital Erasme. De ma propre expérience dans des cas similaires, lorsqu'on a pu lever le coma après une semaine, on obtenait de bons résultats et nombre de malades pouvaient bien se réveiller. Par contre, quand on a du maintenir le coma durant deux ou trois semaines, nous avons eu des déceptions, des malades qui ne se réveillent pas du tout, à peine un bref instant ou émergent dans un piteux état... On prévient alors la famille des risques multiples – notamment d'infections – et on fait comprendre aux proches qu'on est dans une situation sans issue, qu'il est peut-être temps d'abandonner la bataille (...)"

L'heure est donc au pessimisme...

"Schumacher est un grand sportif qui dispose d'une condition physique exceptionnelle, sans laquelle son corps et tout son organisme n'auraient pu résister depuis tout ce temps à un coma barbituriques. Il a eu d'autres accidents graves et s'en est toujours sorti. Nous pourrions donc peut-être assister dans les prochains jours à un dénouement inespéré. Mais, pour monsieur tout le monde, trois semaines de coma c'est énorme... Et les chances de s'en sortir sont très minces."

Nicolas Capart
Photo: Reporters

Les commentaires sont fermés.