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État Islamique: Origines, motivations, suites

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Comment l'État Islamique a-t-il vu le jour? Cette puissante organisation armée, violente et déterminée, compte aujourd'hui 30 à 60 000 combattants, dispose de fonds, de systèmes de haute technologie, et a conquis le nord-ouest de l'Irak jusqu'à l'est de la Syrie. Après s'être tristement fait connaître du grand public et de l'Occident en diffusant des vidéos de journalistes de différents pays sauvagement assassinés, l'État Islamique s'est aujourd'hui fait des ennemis puissants, comme les États-Unis et de leurs alliés...

"À la base, l'Etat Islamique naît d'un mouvement de contestation, qui par la suite se transformera en mouvement islamiste: l'invasion américaine de l'Irak en 2003, qui heurte et appauvrit la population, attise la colère des groupes jihadistes comme Al-Qaïda. En 2006, le mouvement s'implante en Irak et, en 2013, en Syrie, notamment à l'Est, où il s'insinue dans les zones paupérisées par les conflits et l'instabilité politique. Enfin, en 2014, est officiellement prononcé le califat de l'État Islamique en Syrie et en Irak", nous détaille Didier Leroy, chercheur à l'École Royale Militaire et assistant à l'ULB.

Si nous connaissons l'État Islamique pour ses exactions brutales et sa face militaire, il faut également prendre en compte la situation géopolitique et socio-économique car non, l'État Islamique ne fonctionne pas que par la peur et la terreur pour conquérir ses territoires. Entre séduction et intimidation, l'organisation a su trouver les mots et mener les actions nécessaires pour atteindre ses objectifs.

En effet, en Irak, l'invasion américaine de 2003 laisse un goût amer dans la bouche des sunnites du pays. Les pertes et dégâts subis à travers tout le pays renforcent le sentiment de souffrance des Irakiens. "L'État Islamique, séduisant par son discours (discours qui promeut le rétablissement d'un califat sunnite, et la grandeur de l'âge d'or de l'Islam), se présente comme une force politique tout à fait capable de faire prospérer l'Irak." Et en Syrie, "malgré la violence affichée des actes et l'aspect autoritaire de l'organisation, l'État Islamique se présente comme une aide socio-économique qui séduit les populations affectées par la guerre civile syrienne: ils fournissent des vivres, des médicaments, promettent emploi, prospérité..."

EI - Al-Qaida, même combat?

Faisant anciennement partie d'Al-Quaïda, l'État Islamique s'en est complètement détaché. Aujourd'hui, il le critique, et revendique sa supériorité face au mouvement islamiste d'Oussama Ben Laden. "L'État Islamique a consommé le divorce avec Al-Qaida suite à un conflit hiérarchique. Et aujourd'hui, nombreux sont les djihadistes à quitter Al-Qaida pour l'EI, car le mouvement a selon eux perdu son dynamisme, ses ambitions" continue le chercheur. Alors que de l'autre côté, l'État Islamique, mené par le charismatique Abou Bakr el-Baghdadi, accumule les victoires et les déclarations conquérantes. Si les deux factions sont plutôt similaires sur le plan idéologique, ce qui les différencie, c'est notamment la surenchère de violence et de brutalité, avec les actes barbares que l'on connait, commis par l'EI. "C'est une stratégie de communication: l'utilisation de l'ultraviolence leur octroie un 'effet publicité', qui produit un engouement croissant des combattants étrangers pour l'organisation" poursuit Didier Leroy.

Abou Bakr el-Baghdadi, leader du mouvement islamiste, autoproclamé calife.

 

Une utilisation d'ultra-violence qui leur offre une publicité, mais à double tranchant: si les combattants étrangers sont séduits par l'organisation, les actes barbares de l'EI ont fini par faire réagir la communauté internationale, États-Unis en tête. Des États-Unis de plus en plus prompts à faire cesser cette nouvelle "menace terroriste", quelques années seulement après avoir mis à terre l'ennemi public numéro 1 des années 2000, Oussama Ben Laden.

Les États-Unis nous ont habitués à ce genre "d'ennemis", de "menaces", et certainement en Irak. Cette nouvelle intervention est-elle nécessaire? "Absolument", nous répond avec aplomb Didier Leroy, qui dénonce en premier lieu les exactions et la barbarie de l'organisation, qu'il convient de faire taire. "Devant la rapidité et la violence de l'expansion de l'EI, cette intervention était inéluctable. Mais j'espère que cette opération militaire ne sera qu'une des cordes de l'arc mis en place par la communauté internationale: il faudra veiller à assurer un "après", surtout sur le plan politique, et socio-économique. Rassurer les populations quant à la viabilité des Etats sans l'État Islamique. Il ne faut pas oublier les causes qui ont permis l'avènement de tout cela..."

Consolider les territoires conquis

Aujourd'hui, au-delà de ses ambitions, l'État Islamique peut-il encore s'étendre? Initialement, l'État Islamique aspirait à être une entité politique qui gouvernerait le Proche-Orient, de la Méditerranée à l'Iran. Mais pour Didier Leroy, "l'État Islamique a atteint les limites de ce qu'il peut contrôler." En effet, au Nord se trouve l'armée turque et au nord-est, les Peshmergas (combattants kurdes). Au sud sont rassemblées les milices chiites d'Irak, et à l'est l'Iran. Enfin, au sud-ouest, l'Arabie Saoudite s'est aujourd'hui alliée à la coalition internationale, et compte 30 000 soldats prêts à servir. Soit autant d'armées à combattre, et à vaincre. Selon le chercheur, également membre du Centre d'Etudes de la Coopération Internationale et du Développement à l'ULB, l'État Islamique va plutôt chercher à installer ses assises sur les territoires conquis. "J'ai lu dans la presse libanaise que l'on pouvait désormais apercevoir des policiers de l'État Islamique, arborant blasons et écussons officiels. L'État Islamique va tenter d'instituer son pouvoir, consolider les zones contrôlées, instaurer une administration, avec une police des mœurs, une collecte d'impôts, ...".

En colère, l'État Islamique pourrait répondre

Toutefois, si l'État Islamique a atteint les limites de son expansion, cela ne veut pas dire pour autant qu'il va stopper net ses actions et exactions. En effet, l'EI est en colère, lui qui subit de plein fouet nombre de bombardements aériens. L'organisation est "frustrée" face aux frappes aériennes. Devant l'impossibilité de lutter face à ces attaques venues des airs, l'organisation armée pourrait répondre à sa manière: en commettant des attaques terroristes à l'étranger. Y a-t-il lieu de s'inquiéter en Belgique? Pour Didier Leroy, il y a "de vraies raisons d'être inquiet. Car la Belgique est le pays qui, proportionnellement, a le plus de combattants partant pour l'étranger par rapport à son nombre total d'habitants. Et on ne sait jamais dans quel état d'esprit reviennent ces combattants." 

Didier Leroy explique également son inquiétude face à ces combattants par le fait qu'un précédent existe désormais: un précédent nommé Mehdi Nemmouche, l'homme accusé des assassinats au Musée juif de Bruxelles. "La Belgique compte une centaine d'individus problématiques. Il faut donc être vigilant. Toutefois, ce nombre est à relativiser, car sur cette centaine, une partie revient déçue, choquée, ou traumatisée par ce qu'elle a vécu."

Félix Dumont

 

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