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Pourquoi les négociations politiques se déroulent-elles la nuit?

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Les négociateurs ont tendance à prolonger leurs discussions bien après la tombée de la nuit. Période plus paisible, la nuit exacerbe les tensions et peut pousser les négociateurs à bout. Eclairage.

Deux, trois, quatre heures du matin et parfois plus tard encore... Les négociateurs ont tendance à prolonger leurs discussions bien après le coucher du soleil. "La nuit permet aux négociateurs d'être véritablement au calme, elle offre un confort biologique", répond Alain Raviart, spécialiste de la communication de crise et ancien porte-parole du cdH, qui fut présent dans les coulisses de telles négociations. 

Une source habituée des discussions nocturnes précise également que "C’est une sorte de tradition en Belgique de mener les négociations importantes la nuit. Il y a moins de journalistes, pas de téléphones qui sonnent, les réseaux sociaux sont moins actifs. Les risques de fuite dans la presse diminuent. La nuit est une période plus paisible pour négocier". Et d’ajouter que les négociateurs ont besoin de temps en journée pour discuter avec leurs familles politiques et les experts.

"C'est une contrainte inhérente au système belge, analyse aussi Alain Raviart, les collaborateurs ont d'autres mandats à honorer, en journée". "Les accords de gouvernement sont toujours très détaillés en Belgique, ajoute-t-il, chaque virgule est discutée. Cela prend inévitablement beaucoup de temps."

 

Au finish

 

"On pousse les discussions jusqu’au bout de la nuit quand on pense qu’il y a une possibilité d’aboutir", avance notre source préférant rester anonyme. "Si les négociateurs finissent relativement tôt leurs journée au début des discussions, les nuits blanches s'accumulent à mesure que la deadline approche, souligne encore Alain Raviart, "une période ‘entonnoir’ que la Suédoise traverse actuellement". 

Trois événements sont d'ailleurs là pour rappeler aux négociateurs qu'il serait temps de boucler un accord. Il reste en effet à peine deux semaines aux négociateurs pour remettre leur projet budgétaire, pour l'année 2015, auprès de la Commission européenne, le 15 octobre. C'est également dans deux semaines qu'a lieu la rentrée parlementaire fédérale. Il faut ajouter à cela le départ, le 10 octobre, de Bart de Wever, en sa qualité de bourgmestre d'Anvers, à Shangaï.

"Guerre des nerfs"

Les négociations nocturnes revêtent un aspect stratégique non négligeable : "La dimension psychologique n’est pas à sous-estimer. Les négociateurs ne résistent pas de la même façon à 10 heures du matin ou 4 heures du matin, explique notre source gardant la discrétion. La nuit s’engage parfois une véritable guerre des nerfs. Celui qui garde son sang-froid aura plus de chances de gagner la bataille. Et chacun connait les faiblesses de ceux qui sont autour de la table". Le blocage fait partie de cette même stratégie d'épuisement des partenaires. Avec des risques, note Alain Raviart : "Bloquer est une arme à double tranchant. La personne à l'initiative du blocage peut être considérée comme celui qui tient bon, ou au contraire, celui qui déclenche la crise, et qui empêche l'accouchement d'un accord".

 

"Il y a 30 ans, il fallait résister à l'alcool, aujourd'hui à la fatigue", plaisante Alain Raviart. Et d'expliquer : "Il y a une volonté d'user les partenaires. Et d'arriver à un climat de lassitude générale de sorte à ce que tout le monde courbe l'échine, sans être complètement satisfait". Ça n’est pas un hasard donc si de grandes décisions sont prises à l’aube…

Manon Legrand

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