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Plan d'aide à la Grèce non prolongé : les conséquences d'un défaut de paiement

Etant donné que la zone euro n'a pas souhaité prolonger le plan d'aide au-delà du 30 juin, la situation se complique pour la Grèce. Les conséquences d'un défaut de payement risquent évidemment d'être explosives pour l’économie grecque. Petit tour d’horizon des enjeux avec l’économiste Philippe Ledent, économiste chez ING.

1. C’est quoi un défaut de paiement ? Un défaut de paiement résulte de l’incapacité d’un Etat à rembourser ses dettes. Pour se financer, la Grèce émet de la dette sous forme d’obligations : au moment où celles-ci arrivent à échéance, elles doivent être remboursées aux créanciers. Sinon, c’est le défaut de paiement, qui peut être partiel ou total.

2. Que se passera-t-il le 30 juin si la Grèce ne rembourse pas le FMI ? La Grèce doit rembourser mardi prochain une tranche de prêt de 1,6 milliard d’euros au Fonds monétaire international. "Si la Grèce ne rembourse pas le FMI le 30 juin, elle ne sera pas nécessairement en défaut de paiement dès le 1er juillet" , rappelle Philippe Ledent. En effet, on sera encore dans un scénario de "retard de paiement". Les statuts du FMI prévoient, avant de couper le robinet financier, d’abord un processus de notification, ensuite de dépôt de plainte qui donnera encore quelques semaines supplémentaires - deux bons mois pour les plus optimistes - à Athènes pour éviter le scénario catastrophe. En l’absence d’accord d’ici au 30 juin, le mois d’août ferait donc figure d’ultime sursis.

3. Quelles conséquences d’un défaut de paiement pour l’Etat grec ? Imaginons le pire scénario pour la fin de l’été : celui du défaut de paiement de l’Etat grec. "L’Etat grec pourrait encore avoir à ce moment-là assez d’argent pour payer les pensions ou les fonctionnaires, et préférer en faire cet usage-là plutôt que de rembourser les créanciers" , explique Philippe Ledent. Bref, un défaut de paiement n’entraîne pas de facto une incapacité de l’Etat à faire face à certaines obligations nationales. "Mais ce serait du bois de rallonge, car l’Etat grec n’aurait alors plus beaucoup d’argent dans ses caisses" , ajoute notre interlocuteur. Avec le facteur aggravant qu’un défaut de paiement de la Grèce ferait fuir les créanciers publics et privés. Bref, plus personne ne voudrait prêter un euro à la Grèce.

4. Quel impact pour le système bancaire grec ? C’est la grande crainte des observateurs : un effondrement du système bancaire grec qui résulterait du défaut de paiement. Car, qui dit défaut de paiement, dit obligation pour les créanciers d’acter leurs pertes sur ces dettes, qui ne vaudraient plus rien par le simple fait qu’elles ne peuvent plus être remboursées. Les banques grecques - qui détiennent une partie importante de la dette du pays, notamment à court terme - pourraient alors, elles aussi, faire la culbute. D’autant que, devenues insolvables, elles n’auraient plus accès aux liquidités de la Banque centrale européenne (BCE). Le cercle vicieux. "Ce serait le point de non-retour avec un Etat incapable d’avoir accès à des sources de financement sur les marchés financiers et un secteur privé dans une situation comparable. Plus un euro ne pourrait alors arriver en Grèce et financer l’économie" , ajoute Philippe Ledent. Pour éviter une pagaille générale, un système de contrôle des capitaux serait installé. Nous serions aussi clairement sur la voie du "Grexit", avec instauration par la Banque centrale grecque d’une nouvelle monnaie. Adieu l’euro…

5. Y a-t-il des précédents ? "Dans une union monétaire comme l’Union européenne, ce serait totalement inédit" , dit l’économiste. Des précédents existent dans l’histoire contemporaine : la Russie dans les années 90, l’Argentine en 2001 - elle en supporte encore les conséquences aujourd’hui - et l’Ukraine qui est en train de négocier un "défaut de paiement organisé" , notamment avec l’un de ses plus importants créanciers, la Russie.

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